Classement des dirigeants selon Ibn Taymiyya : les sultans et les rois [Extrait du livre “Textes politiques, tome 1″]

[…]

Ibn Taymiyya utilise une typologie purement « personnaliste » qui classe les pouvoirs non pas selon leurs institutions, mais selon le type de « personnes » qui peuvent accéder au pouvoir.

Les uns sont avides de pouvoir sans considération pour la religion et les principes moraux, mais ils parviennent à leurs fins par une grande maîtrise de l’art politique et de la stratégie. Il s’agit des « sultans » et autres « rois » :

« Les hommes se répartissent en trois catégories. Les uns sont tout entiers possédés par l’ambition et l’esprit du mal ; toute pensée du jugement dernier leur est étrangère. Ils pensent qu’un seul ne peut se maintenir en place qu’en donnant, et qu’il ne peut donner que s’il n’apporte pas trop de scrupules à se procurer les biens qui lui sont nécessaires. […]

Ces gens ne connaissent que leur intérêt immédiat. Ils négligent le lendemain de cette vie et de l’autre. S’ils ne se rachètent à temps par quelque acte de pénitence ou des bonnes œuvres, ils connaîtront, en ce monde et dans l’autre, la plus triste des fins.»

Ensuite, viennent les tendances « idéalistes » qui recherchent la réalisation de la religion, mais de manière brutale et sans recours à l’art politique (siyâsa) et à la stratégie, notamment prophétique et coranique, en refusant par exemple de pratiquer le ta-lif al-qulûb.

Ibn Taymiyya parle explicitement des Khawaridj et associés :

« Les gens de la deuxième catégorie craignent véritablement Allah, évitent toute faute individuelle et s’abstiennent de toute injustice à l’égard d’autrui. Leur conduite en cela est hautement louable. Malheureusement, ils pensent que la direction politique de la communauté n’est possible que si l’on ne recule pas devant le crime ou la malversation. […] Mais au fond d’eux-mêmes, on ne trouve souvent que lâcheté, avarice et étroitesse d’esprit inconciliables avec leur foi.»

Il précise que ces hommes sont le plus égarés et les plus dangereux pour le projet islamique, malgré leur piété apparente :

« Peut-être interprétaient-ils la loi à leur manière, mais sans doute pensent-ils plutôt que la seule manière de réprouver le mal est de proclamer la rébellion ouverte et violente – et ils en arrivent ainsi, comme les Khâridjites, à combattre les musulmans. Avec ces hommes, nos intérêts temporels et spirituels seront toujours en danger.

Tout au plus reconnaîtra-t-on qu’ils puissent être d’une utilité partielle dans certaines manifestations de notre vie matérielle ou morale, que l’on doive pardonner leurs erreurs d’ijtihâd et leurs imperfections, mais on n’oubliera jamais que ce sont les plus égarés des hommes et que, pensant bien faire, ils se sont, en ce monde, dépensés en pure perte.»

Les troisièmes enfin, dont le règne est souhaitable, sont les dirigeants qui allient le « Qurân et le Sultân » pour reprendre les termes d’un hadith du Prophète (aylehi salat wa salam), c’est-à-dire qu’ils réunissent la volonté de faire triompher la religion avec la maîtrise de l’art politique.

Ils représentent donc le juste milieu entre les deux premières catégories en alliant le sens politique des premiers à la piété des seconds, tout en mettant ce sens politique au service de l’islam :

« Les hommes de la troisième catégorie sont les gens du juste milieu. Ils seront, jusqu’au jour de la résurrection, les vrais adeptes de la religion de Muhammad et ses lieutenants, à la tête de la masse comme de l’élite.

Avant tout soucieux des intérêts matériels et moraux de la Oumma – lesquels sont étroitement liés-, […] ils portent leurs vertus en eux-mêmes, refusent tout ce à quoi ils n’ont pas droit, allient la crainte de Dieu à la charité. »

A. S. Al-Kaabî



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