L’amour du Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam) pour les Ansârs

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Regarde quelle fut l’attitude des Ansârs – qu’Allah les agrée tous – à l’issue de la bataille de Hunaïn, eux qui avaient combattu aux côtés du Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam) dès la bataille de Badr, eux qui avaient subi le terrible siège de la bataille du Fossé. Ils continuaient donc encore à se battre à ses côtés, à tuer et à mourir jusqu’à être parvenus à libérer La Mecque. C’est ensuite qu’eut lieu la bataille du Fossé.

Les deux recueils authentiques de Bukhârî et Muslim relatent les événements.

Dès le début des hostilités, les combats furent acharnés. À un moment donné, les troupes musulmanes se détachèrent du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam), qui sentait venir la défaite. C’est alors que ce dernier se tourna vers ses Compagnons – qu’Allah les agrée tous – qui commençaient à prendre la fuite. Il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) appela les Ansârs : « Ô Ansârs ! ». Ceux-ci répondirent : « Ô Messager d’Allah ! Nous voilà. » Et ils revinrent vers lui pour se placer en rang sous ses ordres. Alors, ils ne cessèrent de repousser les ennemis de leurs épées, se sacrifiant pour protéger le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam).

Finalement, les mécréants furent vaincus par les troupes musulmanes. La bataille terminée, les prises de guerre furent rassemblées devant le Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam). Les Ansârs se mirent à fixer le butin du regard. Les uns et les autres pensant à leurs enfants affamés, à leur famille miséreuse, et espérant récupérer un peu de ce butin pour les soulager de la misère.

Tandis que le contexte était tel que je viens de le décrire, le Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam) appela Al Aqra’ ibn Habis, qui ne venait de se convertir à l’islam que quelques jours avant la prise de La Mecque. Il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) lui octroya cent chameaux. Il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) appela ensuite Abû Sufyân et lui donna aussi cent chameaux. Il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) poursuivit la distribution du butin à destination de gens qui n’avaient certainement pas mis la fougue des Ansârs dans le combat et qui n’avaient pas sacrifié autant qu’avaient pu le faire les Ansârs.

Voyant cela, certains Ansârs dirent aux autres : « Qu’Allah accorde Son pardon au Messager d’Allah. Il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) donne aux gens de Quraych et semble nous oublier, alors que nos épées dégoulinent encore de leur sang ». Un de leurs principaux chefs – Sa’d ibn ‘Ubâdah – se précipita chez le Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam) pour l’informer du mécontentement grandissant des Ansârs :

« Ô Messager ! Tes Compagnons Ansârs éprouvent du ressentiment à ton égard ». Il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) réagit : « Qu’est-ce donc !? » Sa’d s’expliqua : « Cela concerne le butin qui t’a été rapporté et que tu n’as distribué qu’aux gens de la même origine que toi. Tu as fait preuve de grande largesse à leur égard, plus qu’envers toute autre tribu arabe. Quant aux Ansârs, ils n’ont rien eu ». Il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) demanda alors : « Et toi Sa’d ? Quelle position adoptes-tu dans tout cela !? ». Sa’d répondit : « Je ne suis rien d’autre qu’un des leurs. »

Le Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam) lui demanda alors : « Réunis-les pour que je m’entretienne avec vous en particulier. » Quand ils furent tous réunis, le Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam) les rejoignit. Il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) commença par louer Allah puis déclara : « Ô Ansârs ! Que m’est-il parvenu aux oreilles vous concernant ? » Ils répondirent : « Ô Messager d’Allah ! Nos chefs n’ont rien dit te concernant, ce ne sont que les gens un peu jeunes de chez nous qui ont demandé à ce qu’Allah te pardonne dans ta manière d’agir quand tu as donné aux Quraychites tout en nous laissant de côté alors que nos épées dégoulinaient encore du sang de Quraych ».

Le Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam) s’adressa alors à eux : « Ô Ansârs ! N’étiez-vous pas dans un égarement profond auparavant et Allah vous a guidés par mon entremise ? N’étiez-vous pas dans la misère et ensuite Allah ne vous a-t-Il pas enrichi ? N’étiez-vous pas ennemis les uns des autres et ensuite Allah n’a-t-Il pas établi entre vos cœurs des liens de fraternité profonde ? »

Les Ansârs acquiescèrent : « En effet ! C’est bien à Allah et à Son Messager que nous devons toutes ces largesses et tous ces bienfaits ».

Le Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam) garda alors le silence et ils se turent. Il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) attendit et eux aussi attendirent.  Puis, il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) finit par dire : « Ô Ansârs ! N’avez-vous donc rien à me répondre ? ». Ils répondirent : « Ô Messager d’Allah ! Que veux-tu que nous te répondions ? Le mérite de tous les bienfaits que nous avons eus revient à Allah puis à Son Messager. »

De son côté, il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) ajouta : « Par Allah ! Si vous l’aviez voulu, vous auriez pu ajouter encore d’autres arguments dans lesquels vous auriez eu raison et pour lesquels vous auriez été reconnus. Vous auriez pu ainsi dire :

- Tu es venu à nous, renié par ton propre peuple, et nous, nous avons cru en toi.

- Tu es venu à nous humilié et nous t’avons soutenu et respecté.

- Tu es venu à nous chassé et banni et nous t’avons accordé asile et refuge.

- Tu es venu à nous totalement démuni et nous t’avons soutenu avec tout ce que nous possédions. »

Puis, il (sallallahu ‘alayhi wa sallam) poursuivit :

« Ô Ansârs ! Vous éprouvez un certain ressentiment à l’encontre du Messager d’Allah sur des futilités de la vie d’ici-bas. Je n’ai fait qu’utiliser ces futilités pour gagner des peuples nouveaux à la cause de l’islam. Pendant ce temps, je compte pleinement sur votre islam. En effet, les gens de Quraych sont des convertis de fraîche date et viennent tout juste de quitter l’idolâtrie et ses vicissitudes. Je n’ai cherché qu’à les affermir et consolider leur lien avec nous.

 

Ô Ansârs ! Cela ne vous satisfait-il donc pas que des gens repartent avec des moutons et des chameaux tandis que vous avez la chance de retourner dans vos demeures avec, dans vos rangs, le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) ?

 

Par Allah ! Je le jure ! Si un peuple suivait un sentier, ou un lit de rivière asséché particulier, et que les Ansârs en suivaient un autre, je suivrais le chemin des Ansârs.

 

Par Celui qui tient l’âme de Muhammad dans Sa main ! Si ce n’eut été la question de l’Emigration (l’Hégire), je  serais un Ansâr.

 

Ô Allah ! Fais miséricorde aux Ansârs ! Ainsi qu’à leur progéniture et ainsi qu’à la génération suivante ! ».

 

À ces mots, les Ansârs se mirent à pleurer à chaudes larmes au point de mouiller leurs barbes. Ils déclarèrent solennellement : « Nous sommes pleinement satisfaits du Messager d’Allah dans ce qu’il nous octroie et ce qu’il décide ». À la suite de cela, tous se séparèrent et regagnèrent leurs foyers.

 

Traduit par l’auteur ‘Issâ Petit


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