TP2 : L’aventure d’une longue écriture à rebondissement

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Devant le retard record de la sortie du second opus de la série consacrée aux textes politiques d’Ibn Taïmiyya, j’ai pensé qu’il fallait en dire quelques mots pour expliquer cette très longue attente, notamment à certains fidèles lecteurs qui ont été très patients.

Il faut d’abord avouer qu’aucune autre œuvre n’aura fait naître autant de questionnements, de recherches, d’études, de documentations, de vérifications et d’analyses, et cela sur divers plans. La siyassa d’Ibn Taïmiyya fait partie de ces ouvrages qui jouissent traditionnellement d’une très grande notoriété.

Cet Intérêt est décuplé par les problèmes politiques et religieux du monde musulman depuis plus d’un siècle, et donc aussi par le grand intérêt dont il fut l’objet de la part des orientalistes, islamologues, ces intellectuels passés et présents très souvent au service politique de l’Occident. Mais il y a aussi l’intérêt des simples historiens étudiant la civilisation musulmane médiévale à travers son rapport avec le pouvoir[1].

Au départ, mon attention sur le texte était motivée par l’actualité du monde arabo-musulman, nous avons été plusieurs a remarquer une sur-utilisation du texte dans les débats politico-islamiques, dans un premier temps (entre 2011-2012) pour discréditer les contestataires de l’ordre politique du monde arabe, puis dans un second temps par les rebelles [d’obédience islamique] eux-mêmes pour rétablir l’ordre une fois des territoires conquis (à partir de 2012 en Libye, Yémen et Syrie).

Il y avait une volonté de prendre du recul par rapport à ces utilisations, pour saisir le sens politique qu’avait la siyassa à son époque, et les sens qu’elle prenait aujourd’hui à la notre. Tout cela en poursuivant mes interrogations initiées dans ”Textes et contextes du Wahhabisme”.

Ensuite, ma volonté était aussi motivée par une prise de position idéologiquement plus offensive, notamment après la lecture de plusieurs œuvres de l’orientalisme classique et de l’islamologie contemporaine. Celle que je décris comme islamologie purement universitaire et non cette islamologie médiatique qui fait office d’expertise officielle pour grand public.

L’islamologie universitaire poursuit l’œuvre d’occidentalisation de l’islam par des procédés scientifiques plus techniques, subtils et méthodiques que celle de l’islamologie médiatique, au sein de cercles estudiantins plus sérieux, de manière patiente et progressive. Une partie de ces islamologues sont parfois issus eux-mêmes de l’aire culturelle qu’ils étudient au nom des valeurs universelles de l’Occident.

C’est suite à la lecture de l’un d’eux, Makram Abbès, et de son étude-commentaire sur al Mawardiakhlaq al malik wa siyassa al mulk” (prés de 240 pages de commentaires pour 230 pages de traduction !), qu’il m’a paru urgent de procéder à de nouvelle lecture de notre patrimoine islamique, toujours dans une perspective et un objectif islamique.

Car ce qui ce joue sous nos yeux, c’est bien le combat pour la défense d’Islam civilisationnel, la défense de cet Islam réel et universel qui englobe des aspects considérés comme Politiques (au sens que la science politique accorde à cet adjectif). L’enjeu est bien celui-là, défendre l’intégrité globale de l’Islam en terre d’Islam.

L’actualité ne me démentira pas : partout, l’islam dit politique est vu comme l’ennemi à abattre, et cela nous est difficilement tolérable quand cela a lieu dans le monde musulman lui-même. Et d’ailleurs tous ceux, ici ou là-bas, qui n’ont pas opéré cette dichotomie d’origine laïque dans leurs consciences et leurs croyances sont/seront considérés comme des déviants.

De plus, force est de constater que les études politiques islamiques ayant le plus d’impact dans le monde sont encore celles qui sont issues du monde Occidental, car leurs pouvoir de séduction dépasse largement les limites de l’Occident, pour atteindre même le cœur du monde musulman; les masses arabo-musulmanes en voie de sécularisations sont légion (surtout son élite francisée ou américanisée).

Elles sont soit contraintes et passives par la force des choses, soit convaincues et actives en ayant adopté la vision de l’Occident sur sa propre religion. Les ”bon Islam” sont ceux qui se soumettent bon gré mal gré, et tout les autres ”mauvais Islam” qui lui résistent d’une manière ou d’une autre.

Ceci alors que des œuvres de théologie musulmane contemporaine sont rédigées et écrites par nos savants, traditionalistes, imams ou prédicateurs, s’adressant avant tout aux musulmans – ceux qui veulent bien les lire dans le monde musulman, et encore moins, au cœur de l’Occident -… La balance est donc très largement déséquilibrée en défaveur de l’Islam.

Et nous autres, lecteurs, auteurs et éditeurs, si nous sortons la tête de notre petit monde, on remarquera facilement que les œuvres anglo-saxonnes inondent le Machreq, les œuvres françaises inondent le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, et souvent elle ne prennent même plus la peine d’être traduites en arabe ![2].

Ainsi, c’est bien l’Occident qui est en mesure d’expliquer et de diffuser son Islam à tous, alors que le monde musulman et ses théologiens essaient déjà de le sauvegarder de manière simplement rituelle et cultuelle chez ses adeptes.

L’une est en position offensive, l’autre en position défensive. Les œuvres des islamologues sont de plus en plus incisives et parfois même décisives dans leurs pouvoirs de persuasion de certains esprits (et pas forcément les plus faibles), elles essaient de déconstruire très savamment les dogmes de l’Islam ayant des incidences politiques et de discréditer ses théories, fondements et principes.

Le temps et l’actualité semble jouer en leur faveur, le rapport de force également, en terre occidentale ou en terre d’islam, le mouvement général est le sien. Il m’a semblé donc urgent et important de contrecarrer ces tentatives. L’exemple de l’essai sur Al Mawardi qui use de tous les ressorts de l’analyse et de la science politique entre totalement dans ce cas de figure : un musulman lambda, instruit et réfléchi, y trouverait de multiples vérités qui servent en réalité un projet philosophique à peine dissimulé par l’auteur.

Et en toute honnêteté, désemparé devant le chaos géopolitique et idéologique, ce musulman lambda pourrait accorder une pertinence à ce qu’il lit, sous prétexte que tout n’est pas faux et qu’il faut apporter des solutions urgentes aux problèmes que connait le monde musulman.

Mais ce faisant, l’idée d’occidentaliser l’islam aura donc déjà fait son nid. Face à ce type de lecture, les musulmans sont souvent idéologiquement désarmés. Les plus imperméables d’entre eux se contenteront de balayer d’un revers de main les ”ambiguïtés” sans apporter de réponses ni en chercher.

Alors que ceux qui ont la capacité de mobiliser certains savoirs se plongeront dans la recherche de réponse dans la théologie, théorique et parfois abstraite, pour des interrogations politiques pourtant très concrètes.

Et ce faisant, ils confirmeront sans s’en apercevoir l’analyse vicieuse des islamologues-orientalistes sur «l’impertinence du ”modèle islamique” » déconnecté du réel et/ou incapable d’apporter des solutions réelles qui respecte la théorie et résolvent concrètement le problème politique[3].

Et justement : on s’aperçoit souvent que dans le monde musulman, si on tente de résoudre les problèmes politiques, sociaux et économiques, c’est toujours en dehors de ce que préconise la théorie islamique classique, en mobilisant des solutions (occidentales) étrangères à l’Islam. Mais par contre si ces problèmes persistent, c’est de toute façon, pour eux, endogène aux sociétés musulmanes (avec un Islam bien ou mal appliqué, peu importe).

Finalement l’islam est toujours diminué et perdant dans tout les cas de figure. On ne lui demande pas d’intervenir pour résoudre les grands problèmes, cela est beaucoup trop sérieux pour laisser les ‘oulamas, les fouqahas, les oussouliyoun ou les moufakkiroun donner leurs solutions, mais par contre c’est de la faute de leurs enseignements, et de ce qui reste de l’Islam, s’il y a encore problème…

Pourquoi cela ? Et bien pour affirmer la seule et unique vérité politico-religieuse de notre siècle : la démocratie libérale sécularisée est la seule voie politique à suivre, le seul modèle politique, économique et social à adopter, il a fait ses preuves et il fonctionne plus ou moins bien. Le « moins pire des régimes politiques » en somme, la maslaha de Churchill a fait bien des adeptes dans les rangs de l’Islam et plus seulement chez les islamo-démocrates…

Face à tout ces types d’ouvrages qui se développent partout[4], il est évident que chez certains autres musulmans, ceux qui ni ne lisent, ni se posent ce type de questions, les choses sont très simples, terriblement simples. Car le mode de raisonnement est même simplet : tout fonctionne chez eux comme si le contraire et l’opposé de la démocratie ne peut être qu’Islamique.

Ainsi, un régime despotique/autoritaire en terre d’islam mais qui ”sauve des apparences” par la forme n’est donc pas une démocratie laïque, c’est donc bien un régime islamique valide ! Sur ce point, pharisiens et zélotes se rejoignent encore une fois…

Mais là encore, ils valident par une autre démonstration le constat vicieux et vicié des orientalistes-islamologues énonçant que l’autoritarisme, le despotisme, voire la dictature sont les seuls modèles politiques proposés en réalité par l’Islam…

On perçoit bien l’immense enjeu de revisiter notre patrimoine islamique, à la lumière des défis qui nous sont imposés. C’est pourquoi réaliser une étude d’histoire politique sur la siyassa d’Ibn taïmiyya est un exercice nouveau et extrêmement délicat.

Ma démarche personnelle est totalement inversée de celle de ces islamologues mais démarche inversée ne veut pas dire forcément opposée : ce n’est pas parce qu’il y a critique d’un coté qu’il doit y forcément avoir défense ou apologie de l’autre, et vice-versa.

La réflexion ne doit pas sombrer dans un mimétisme inversé, si l’islamologue dit ”blanc” nous dirons alors ”noir” par opposition systémique. Personnellement, je ne suis pas de ceux qui refusent de voir la réalité en face, telle qu’elle est, sans naïveté ni déformation, sans honte, et encore moins par lâcheté ou peur.

Un islamologue critique peut avoir mis le doigt sur une réalité existante, mesurable, visible et descriptible sans pourtant être d’accord sur ses solutions : deux médecins peuvent faire le même diagnostic mais peuvent prescrire des médicaments différents.

La démarche se veut scientifique, donc réaliste, elle cherche à établir un constat historique réel et vérifié, établir un bilan comptable de l’histoire, visualiser la nature des problèmes et des failles pour proposer de nouvelles pistes de réflexion à explorer. Tout ceci en vue de défendre la thèse inverse défendue par l’islamologie occidentale : l’islam a bel et bien une perspective politique et celle-ci n’est pas forcément négative[5].

Si la civilisation islamique et ses principes politiques ont pu être enrayés à un moment donné de l’Histoire, cela ne signifie pas qu’elle est désormais invalide et archaïque, car les fondements sont immuables mais les modalités d’applications ne le sont pas.

Au cours de l’été 2015, je fis part au cheikh Bachir Aissam Al Marrakchi du tout début de mon travail de recherche historique sur la siyassa. Ce dernier me fit une remarque qui m’avait alors paru anodine : « Il faut savoir que le cheikh Ibn Taïmiyya n’a pas écrit que cette siyassa… ».

J’entrepris alors de me poser une série de questions fondamentales pour l’historien politique : Quand et où l’avait-il rédigée ? Est-ce qu’il y avait-il un destinataire ? Si oui : qui était-il ? Pourquoi le cheikh Ibn Taïmiyya avait-il écrit ce texte (but et objectif) ? Ce type de questions est très subsidiairement traités par les théologiens[6], de manière marginale, et il faut le dire, cela est fait trop rapidement quand on trouve chez eux une tentative de réponse.

A vrai dire, seuls les mouhaqiq qui cherchent à s’assurer de l’authenticité d’un texte adoptent une vraie démarche historique (nous y reviendrons). La raison du délaissement de ce type de posture par les oulamas est très simple : ce qui intéresse le ‘alim traditionnel est ce qu’il peut tirer du texte (matn) d’un point de vue du Droit, de la jurisprudence, de la croyance et des règles diverses.

Une fois que l’on s’est assuré de l’authenticité d’un texte, le fond est ensuite plus important que la forme. Or ce qui intéresse fortement l’historien -en plus du fond- est la condition de formation du texte, le contexte, l’époque où il a été écrit : le politique et le sociétal sont importants pour comprendre la réalité de ce temps passé, et comment il a pu en déterminer une partie.

Car, comme nous le savons, l’histoire en tant qu’étude scientifique du passé offre la capacité à comprendre ce passé et son évolution jusqu’à notre propre réalité toute contemporaine. Je commençais donc l’analyse historique de la première version du texte que nous avons traduit, en parallèle avec l’étude de la biographie d’Ibn Taïmiyya et l’étude historique du règne des Mamelouks; quasiment trois études menées en même temps pour essayer de lier l’ensemble, trouver des correspondances et des corrélations.

Ce travail fut extrêmement long et fastidieux car je voulais absolument trouver des indices historiques dans le texte de la siyassa à travers les événements historiques du temps d’Ibn Taïmiyya. Entre-temps, notre érudit frère Pierre-Jean L****, documentaliste et bibliographe, réussissait à se procurer la rareté via une demande à la Bibliothèque National de France : la version traduite de la siyassa de l’orientaliste Henri Laoust.

Lecture après relecture, la grande introduction de Laoust sur la siyassa (40 pages pour 180 pages de traduction) et certaines de ces affirmations et hypothèses, que je connaissais déjà, me confirmait bien qu’il fallait déconstruire certaines de ces hypothèses, pas par amour de réfuter, mais pour offrir des hypothèses qui s’inscrivent dans un nouveau cadre épistémologique[7].

Au cours des comparaisons entre nos deux traductions, je commence à percevoir qu’il semble exister plusieurs versions avec des variations infimes selon les éditions. Ces variations dans le texte ne constituent aucun problème pour le théologien car les ajouts ou manques (des mots différents, une ou plusieurs phrases dans un paragraphe, ou un texte de plusieurs lignes) ne changent absolument rien à la trame et à l’orientation générale de la siyassa de Ibn Taïmiyya.

Pourtant, ce simple fait suscitait beaucoup de questions, outre les explications les plus évidentes et les plus simples (telle la multiplication des copies au cours des siècles, puis édition des différentes variantes). C’est ici que la remarque du cheikh Al Marrakchi me revint à l’esprit…Mes recherches documentaires m’ont d’ailleurs mené ”par hasard” vers un autre érudit, le Mouhaqiq spécialiste des œuvres d’ibn Taïmiyya, le cheikh Mohamed ‘Ali al ‘Imran al Mekki[8].

La mouqqaddima qu’a écrite le cheikh Ali al ‘Imran sur la siyassa est d’une grande richesse, et sa version de la siyassa était la plus complète de toutes : elle comprenait plusieurs pages en plus de celle traduite par Laoust ainsi que la nôtre.

Et les informations de la mouqaddima, que je n’ai étudié qu’après avoir commencé mon étude historique, m’ont permises d’approfondir encore plus mes recherches historiques : grâce à elles, j’ai pu affiner mes hypothèses, les vérifier et proposer un commentaire et une analyse historique assez différente de celle de Laoust.

Je décidais donc de déléguer complètement le travail de traduction finale de la nouvelle version authentifiée par le cheikh, pour réaliser un véritable et total retour dans le passé, en m’immergeant totalement dans le royaume mamelouk en Syrie et en Egypte vers l’an 700 de l’hégire (1300 calendrier), afin de répondre à mes trois questions préliminaires.

Et je dois avouer ici que j’ai failli sombrer dans un instinct égoïste, celui de chercheur avide de connaître en détail l’ensemble de la configuration historique de l’époque d’Ibn Taïmiyya. Mon but était de percevoir et comprendre les signes de déclin qui apparaissait déjà à ce moment, et toutes évolutions futures qu’allaient connaître cette société de l’Orient musulman.

Et c’est ce qui m’intéressait au plus haut point, afin de pouvoir lier ces évolutions avec notre propre réalité politique. Ne pas vouloir en ressortir, ni relever la tête, d’autant plus que chaque découverte et analyse me replongeait vers une autre déduction tout aussi passionnante.

Cela surtout concernant le point délicat et extrêmement complexe des conditions (politiques et juridiques) d’application de la shari’a à l’époque mamelouk ainsi que ses problématiques évolutions à l’époque ottomane…

J’ai donc failli faire de l’histoire que pour l’histoire, et de l’analyse politique que pour la science politique… Pourtant il fallait bien entendu mettre des limites à toute cette étude, ne serait-ce que pour éditer et proposer un ouvrage lisible à nos lecteurs, sans les assommer de tout un versant de l’histoire politique des Mamelouks qui avait conditionné en partie l’œuvre d’Ibn Taïmiyya.

Sans même parler des sujets de philosophie politique développés dans le texte et qui là aussi, si nous n’avions pas décidé de mettre des limites fermes, nous auraient emmenés très (très) loin. Il eut également un enthousiasme étonnement lorsque je fis part de mes hypothèses historiques sur les conditions d’écriture de la siyassa et que le cheikh Al ‘Imran me confia qu’il avait réalisé de nouvelles découvertes scripturaires qui semblent corroborer ce que je développe dans mon commentaire historique !

Deux disciplines différentes qui semblent se rejoindre vers un même avis ne m’étonnait pas en réalité, car les méthodologies scientifiques de l’historien et celle du mouhaqiq sont assez proches, même si l’une privilégie l’étude du contexte et l’autre la forme du texte et son fond d’un point de vue linguistique (écriture, grammaire, style, vocabulaire, etc..).

Finalement, tout ce travail avait largement dépassé les prévisions initiales d’une simple petite traduction, d’un simple rappel du contexte historique d’écriture et d’un petit commentaire politique. Ce qui devait prendre moins d’1 an a pris plus de 20 mois…L’aventure autour du texte a permis d’accoucher d’une étude que j’avais délibérément voulue de plus en plus profonde pour les raisons que j’ai expliquées plus haut.

Le but est de faire en sorte qu’à la lecture du commentaire et du texte traduit, l’on pénètre totalement dans le temps politique dans lequel ibn Taimiyya avait rédigé ce traité, mais aussi et surtout, que l’on comprenne bien la nature du problème politique islamique de notre Temps présent qui découle en partie du passé.

Et j’ai, personnellement, l’intime conviction que ce n’est qu’après cette immersion que l’on est capable de comprendre les finalités réelles de ce texte, et aussi les implications et les problématiques islamiques de l’actualité politique du monde arabo-musulman.

Cela en étant honnête avec le texte de la siyassa : c’est à dire d’avoir la force et l’intelligence de montrer ses points forts, mais aussi de faire des interrogations sur ses possibles limites contemporaines.

C’est ainsi que j’ai divisé mon commentaire en deux grandes parties : une partie purement historique et une partie totalement politique. Malgré leurs unités dans la démarche générale, le lecteur averti saura faire et comprendre la distinction entre les deux.

D’ailleurs il faut comprendre ce commentaire historique et politique comme complémentaire au commentaire canonique (charh) que réalise nos théologiens. Comme dit précédemment, ces derniers réalisent leurs travaux en tant que juristes détaillant et expliquant les différentes règles de fiqh qu’ils trouvent dans ce texte. L’analyse politique existe parfois chez eux, mais d’un point de vue de la pratique concrète du Droit.

Rarement d’un point de point de vue de l’analyse de la philosophie globale et des fondements théoriques de l’ensemble, et encore moins souvent en l’inscrivant dans son contexte historique afin de réaliser des analogies et des comparaisons entre situation présente et passé, comprendre les évolutions, les similitudes ou différences.

Cette étude comble un espace vide et délaissé, or le seul fait qu’il apporte des informations historiques et politiques que beaucoup ignorent sur la siyassa, sur Ibn Taïmiyya et sur son contexte mamelouk, sera déjà une grande satisfaction personnelle.

Car finalement, je me doute bien que ce type de travail sera sujet à la critique, surtout lorsque l’on met le doigt sur des sujets sensibles et que l’on propose une vision globale. Or ne m’intéresse que la critique intellectuellement honnête, celle qui comprend le fondement des problématique que je soulève, la critique objective issue d’esprits qui ne nient pas la réalité des faits tant historiques que politiques présentes.

A ceux là, comme toujours et comme d’habitude, je les remercie d’avance et déjà pour leurs futures remarques, car étant issues d’esprits dont je connais l’intégrité morale, leurs avis que je prends toujours en compte sont forcément positifs même dans le désaccord.

Et Qu’Allah nous montre la vérité (ou les vérités !) et qu’Il nous permette de nous réformer pour l’accepter et agir en conséquence. Aujourd’hui, « TEXTES POLITIQUES 2 : La Siyassa char’iyya » est enfin disponible. Et je remercie l’ensemble de l’équipe de NAWA, pour les traductions complémentaires de la siyassa, les vérifications des citations, l’authentification des sources, les relecteurs, leurs critiques et remarques, les observations concernant mes notes.

Tout ce travail fut nécessaire pour compléter et assurer mes analyses et au final, réaliser tout ce grand commentaire. Je n’oublie pas non plus notre illustrateur et graphiste travaillant sur la mise en page, ainsi que la correction de l’ensemble du travail.

Aïssam Ait-Yahya


[1] Et ayant donné moi-même cours et formations privées sur ce sujet à des candidats, je rappelle que la question du Concours pour le CAPES et l’Agrégation d’Histoire est ”Gouverner en Terre d’Islam” depuis 2015…
[2] A ce sujet, les chiffres publiés par différents organismes internationaux -dont l’UNESCO- parlent d’eux mêmes : la Grèce traduit plus de livres que l’ensemble des pays arabes, le polonais est plus utilisé dans le monde pour les traductions que l’Arabe, pourtant parlé par presque 300 millions de personnes, l’ensemble des pays arabes éditent presque autant de livres que la Roumanie, soit trois moins que l’Italie…
[3] C’est ce que m’avait répondu, lors d’un échange, un professeur d’origine indo-pakistanaise mais formé à l’école islamologue occidentale (en l’occurrence un département d’étude islamique contemporaine en Écosse) : « Muslim theologians, worse Islamists, get lost in evasive answers when we confront them with the current problems of the region. Their simplistic creed ” Islam is the solution ” seems to want plug the cracks of Islamic political thought, a kind of ”headlong rush” that solves nothing and only accumulates, decade after decade, old and deep problematic. But these always end up exploding because the vacuum of political thought is directly translated by a deluge of violence, on behalf of the states or of their protesters ».
[4] Je me souviens encore des rayons de la FNAC de Casablanca qui vise le marché des francophones et même de certains titres dans les librairies traditionnelles et plus populaires de Derb Habous.
[5] Car il existe aussi, en Occident, un courant de l’islamologie viscéralement islamophobe qui n’a pas de mal à reconnaître que l’islam a un aspect politique mais ce constat chez eux est réalisée dans une perspective anti-islamique, l’islam politique serait chez eux la négation des plus simples valeurs fondamentales de l’humanité, un système politique équivalent à une sorte de théocratie totalitaire qui cumulerait toutes les tares politiques économiques culturelles possibles.
[6] Il est intéressant d’écouter/lire les différents commentaires de la siyassa pour s’apercevoir de cette réalité. Plus ou moins vraie selon les théologiens.
[7] Nous essaierons de poster le commentaire de Laoust sur les plateformes en ligne de Nawa Editions après avoir vérifié la légalité de la procédure.
[8] Élève du savantissime Bakr Abu Zayd, un théologien que j’apprécie tout particulièrement. Et quelle fut ma surprise quand j’ai en plus appris que le cheikh Mohamed ‘Ali al ‘Imran connaissait le cheikh Bachir Aissam et étaient en très bonne relation ! Décidément le hasard n’existe pas.

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